L’enracinement, l’art de la solidité
L’image qui surgit inévitablement dans la tête des gens lorsqu’ils entendent le mot enracinement, est la solidité de l’arbre bien planté dans le sol avec de grosses racines résistant aux assauts des intempéries. Et nous les être humains, comment réagissons-nous face aux intempéries de la vie? Comment gérons-nous notre quotidien parfois tourbillonnant… Sommes-nous bien ancrés? Enracinés? Solides?
L’enracinement est un outil fort simple que je pratique quotidiennement, et ce depuis presque 10 ans. C’est un excellent prélude à la méditation, au yoga, et à toute activité demandant de la concentration. Mais surtout, c’est un excellent moyen pour nous aider à faire face à tout ce que la journée, ou la vie, peut nous apporter!
Et comment fait-on pour s’enraciner? Il s’agit de prendre un moment, de fermer les yeux, et de visualiser ou d’imaginer, à partir de notre nombril, des racines descendant le long de nos jambes jusqu’au cœur de la terre. Le lien énergétique qui se créer vient alors nous solidifier et nous ancrer, tant physiquement, mentalement, qu’émotionnellement.
La solidité, une question de repères!
Afin de se sentir stable et sécurisé, l’être humain a besoin de repères. Cela donne du sens à ce qu’il fait, ce qu’il voit, ce qu’il entend, ce qu’il ressent, ce qu’il vit. Le besoin de repères est d’ailleurs l’un des premiers réflexes du nouveau-né ; comme de recherche la douceur et la chaleur de maman. Nos parents et leur système de valeurs, nos amis, notre environnement, nos mœurs et coutumes, sont autant de repères extérieurs qui baliseront notre perception de la vie.
En grandissant, nous nous appuierons sur nos repères extérieurs pour nous forger des repères intérieurs, qui eux influenceront notre propre perception de nous-mêmes. Cependant, lorsqu’il s’agit de maturité émotionnelle, d’estime de soi, de confiance, de respect de soi, de solidité, de gestion du stress, etc., l’être humain, pour devenir maître de lui-même, doit être en mesure de se forger ses propres repères intérieurs, indépendants de l’extérieur. C’est-à-dire, des repères qui émanent de sa propre force émotionnelle et de sa propre perception positive de lui-même, et non du besoin de l’approbation ou de la reconnaissance des autres, pour valider qui il est ou ce qu’il fait.
Bien sûr, du fait que nous vivons en société, nous ne pouvons pas ignorer l’extérieur, ni rejeter l’aide qui nous est apportée. Cependant, le constat que je fais souvent lorsque je vois des gens malheureux, anxieux, stressés ou dépressifs, est le fait qu’ils ont soient de mauvais repères intérieurs, ou qu’ils dépendent trop des repères extérieurs pour être, penser ou agir. Notre société a longtemps dicter et valoriser des façons de faire ou d’être qui n’accordaient que très peu d’égard à l’état émotionnel d’une personne. Résultat, nous sommes plus à l’aise à calculer, construire, réparer, et servir, qu’à cultiver des relations saines et harmonieuses, ou à gérer des deuils, des peines d’amour ou des conflits interpersonnels. Nous avons reçu l’éducation nécessaire pour bâtir une société, mais très, très peu pour se bâtir soi!
La force extérieure n’est rien sans la solidité intérieure
Donc, de façon générale, on peut dire que traditionnellement, les repères s’acquièrent de l’extérieur vers l’intérieur. Mais si je vous disais que l’inverse est également possible… de l’intérieur vers l’extérieur… Vous me croiriez!? Et bien pour moi, c’est que l’enracinement m’a aidé à faire!
Pourquoi le lien étroit avec la terre que procure l’enracinement est si important en tant que repère intérieur? Car cela nous mets en contact avec notre identité première, celle d’être humain… Et par le fait-même, nous mets en contact avec nos véritables valeurs et nos besoins les plus essentiels. De plus, l’enracinement est un repère intérieur qui irradie sa solidité de l’intérieur vers l’extérieur, ce qui favorise grandement l’émergence d’une force authentique! On n’a qu’à penser à l’arbre qui n’a rien autour de lui, et qui n’a d’autre choix que d’aller puiser en lui-même!
Dans la vie, il arrive parfois qu’on nos repères disparaissent ou nous trahissent. Nous sommes alors déstabilisés, nous avons peur, nous cherchons à nous agripper à certaines personnes, à contrôler certaines situations, ou se sentant vulnérables, essayons de projeter une image forte. Toutefois, on est loin de l’arbre solidement ancré!
Que ce soit par orgueil ou par peur, l’être humain n’aime pas qu’on lui reconnaisse des faiblesses. D’ailleurs, les conseils que l’on entend souvent lorsqu’on traverse une épreuve c’est « Sois fort! » « Lâche pas! » « T’es capable! ». On ne veut surtout pas laisser paraître des signes de faiblesse ou de vulnérabilité ; on laisse peu de place à nos émotions pour projeter la fausse image de quelqu’un de fort. Ce que j’ai fait une bonne partie de ma vie… Jusqu’en 1998, où un de mes proches traversait une maladie grave. Durant deux ans, j’ai voulu être cet homme fort-là. Je vivais beaucoup de pression et énormément de stress.
Suite au décès de la personne en question, l’image de l’homme fort s’était effritée, les œillères sont tombées, et moi aussi. Car afin de rester fort, j’ai dû pour cela tassé mes émotions… négligé mes besoins, et oublié ma souffrance. J’ai alors réalisé que je n’avais pas vécu mes deux dernières années, j’y avais simplement survécu en m’accrochant à tout ce que je pouvais. Ayant perdu mes repères un à un, tout ce qui me restait était le sentiment profond de ne plus savoir qui j’étais… J’ai alors abouti en thérapie pour dépression.
Pour compléter l’aide thérapeutique, ma thérapeute (aujourd’hui mon Maître Reiki) m’a partagé différents outils, dont la méditation et l’enracinement, afin de m’aider dans mon quotidien. L’enracinement m’aidait à ressentir une solidité qui émanait de moi, et non de l’extérieur. Sachant que je pouvais m’appuyer sur moi-même, je reprenais de plus en plus conscience de mon potentiel, de mes qualités, de mes besoins, de mes objectifs… et du sens que je souhaitais donner à ma vie. Un à un, j’ai pu reconstruire mes propres repères… en remplaçant ceux qui m’avaient mal servi jusque là dans ma vie.
Avec l’enracinement, j’apprenais également à lâcher prise sur les gens, et les événements hors de mon contrôle, afin de faire confiance à la vie − Sachant que tout avait sa raison d’être. Vouloir être fort, c’est vouloir être au-dessus de tout, et cela nous entraîne invariablement dans la peur et le besoin de s’agripper à des personnes ou des situations. Savoir qu’on peut faire confiance à la vie et à la solidité qui nous habite est un cadeau que je considère inestimable! Et c’est ce que m’a apporté l’enracinement.
Les enfants, le stress, et l’enracinement
Aujourd’hui, je suis heureux d’avoir l’enracinement dans mon coffre à outils. Et lorsque je suis devenu papa, j’ai vite réalisé que c’était quelque chose que je souhaitais transmettre à mes enfants… Car dans ce rythme de vie effréné qui caractérise le présent siècle, gérer son quotidien et ses émotions tout en conservant les deux pieds sur terre constituent tout un défi en soi. Or si nous éprouvons parfois de la difficulté dans ce domaine, qu’en est-il de nos enfants? Supportent-ils mieux le stress et l’insécurité que nous?
Pas vraiment! Et cela se voit : déficite de l’attention, anxiété, troubles obsessionnels compulsifs, tics nerveux, hyperactivité, fatigue, crises de colère répétées, etc. Il peut être difficile pour eux de se sentir stable et en sécurité lorsque leurs repères changent ou bougent constamment − D’où l’importance de leur donner des outils afin qu’ils soient capables de se développer de bons repères stabilisants.
Or à cet égard, l’enracinement peut devenir un formidable outil pour l’enfant. Car à très court terme, cela peut l’aider à être plus solide et ancré, donc moins déstabilisé, moins stressé, moins éparpillé, plus calme, plus sûr de lui. Déjà là, cela peut grandement délester le corps et l’esprit d’une part importante de stress.
À long terme, cela peut permettre à l’enfant de réaliser le pouvoir qu’il a sur ses états d’être, favorisant ainsi une plus grande confiance, une plus grande responsabilisation, une plus grande autonomie, et en bout de ligne : une plus grande authenticité ainsi qu’une meilleure estime de soi.
À l’image de l’arbre…
Pour moi, l’image de l’arbre et de ses racines symbolise l’essence même de notre être. Car à travers l’enracinement, j’ai réalisé que la véritable force extérieure n’est pas possible sans la solidité intérieure… Mais aussi, que l’être humain, tout comme l’arbre, n’a pas besoin d’être fort, mais solide… qu’il en porte l’entière responsabilité, et qu’il en est, comme dirait un enfant, « capab tusseul » !

Nietzsche sur l’enracinement : « Ce n’est pas la vigueur mais la durée du sentiment élevé, qui fait les hommes élevés. » – http://unoeil.wordpress.com